Déformation crânienne: tout savoir pour prévenir et traiter la plagiocéphalie

La plagiocéphalie est une déformation du crâne caractérisée par une asymétrie donnant à la tête une forme oblique. On parle communément de « bébé à tête plate ».

En réalité, de nombreux types de déformations existent: plagiocéphalies, brachycéphalie (aplatissement de l’ensemble de l’arrière du crâne, donnant une tête plus large que longue), dolichocéphalie/scaphocéphalie (allongement dans la longueur), trigonocéphalie (aspect triangulaire du crâne).

Pour comprendre leur origine, il est d’abord nécessaire de faire la distinction entre 2 grands types de déformations crâniennes, aux natures totalement différentes :

  • les déformations dite positionnelles (ou posturales), dû à des pressions extérieures, totalement bénignes. Elles peuvent résulter de la position in-utéro ou des positions dans lesquelles le bébé est couché, et sont influencées par de nombreux facteurs: grossesse multiple, prématurité, poids du bébé, présence d’un torticolis congénital associé, etc.
  • les déformations par craniosténose (soudure prématurée des sutures crâniennes), très rares (1 enfant sur 2500), mais qui nécessitent un traitement chirurgical rapide.

je ne traiterai ici que des déformations positionnelles, car ce sont celles qui sont de loin les plus fréquentes (20 à 40% à 4 mois) et sur lesquelles on va pouvoir jouer. Néanmoins, votre ostéopathe sera l’interlocuteur approprié pour distinguer l’une ou l’autre des catégories de déformation et vous ré-orienter en cas de besoin.

 

Hausse des cas

Depuis les années 90, on observe une nette augmentation des plagiocéphalies et brachycéphalies positionnelles, directement corrélée à la recommandation de couchage sur le dos qui permet de prévenir de la mort subite du nourrisson. Si certains parents sont sceptiques (après tout, on recommandait à nos propres parents le couchage sur le ventre), il est important de rappeler que cette recommandation a bel et bien permis de réduire de près de 80% la mort inattendue du nourrisson, c’est pourquoi il est fondamental de continuer à l’appliquer.

Pour autant, si le couchage sur le dos reste la position à adopter quand le nourrisson dort, il est vivement conseillé de varier les positions le reste du temps, lorsque le bébé est éveillé et/ou sous surveillance. C’est en effet par ces alternances de positionnements que les déformations posturales ont le plus de chances d’être évitées et/ou atténuées.

La HAS a d’ailleurs récemment mis à jour sa fiche mémo sur les gestes préventifs de la plagiocéphalie:

Lorsque bébé est éveillé:

  • Varier les postures et encourager les rotations spontanées de la tête du nourrisson par des sollicitations sensorielles (tactiles, visuelles, auditives) à adapter en fonction de l’âge. Si le repositionnement simple ne suffit pas, il peut être pertinent d’utiliser un coussin de repositionnement latéral lors des phases d’éveil.
  • Les postures ventrale et latérale sont encouragées à être explorées lors d’échanges privilégiés avec l’adulte ou sous surveillance. Si votre bébé est inconfortable sur le ventre, pas besoin de le laisser longtemps: quelques secondes à chaque change peuvent déjà contribuer à lui faire appréhender la position. Sachez toutefois que tous les subterfuges sont bons à prendre (matelas incliné, position sur l’avant bras du parent, jeu d’avion, jeux de bisous sur le front du parent, etc): plus un bébé est placé sur le ventre, plus il renforcera ses chaines musculaires postérieures, plus il travaillera en actif une éventuelle rotation préférentielle de tête, et plus il sera confortable dans ses retournements, plus cela facilitera les étapes suivantes du développement moteur. Notez que les moments de siestes sur le torse du parent ou les temps de portage peuvent également être comptabilisés comme du temps sur le ventre.
  • Le développement moteur optimal du nourrisson nécessite qu’il soit dans un environnement facilitant une activité motrice spontanée : surface plate, tapis ferme au sol avec des jouets positionnés autour de lui, en évitant les arches de jeu et les « mobiles » qui fixent son attention. Limiter l’utilisation de matériel de puériculture qui maintiennent dans une position de repli sur de longues périodes sans possibilité de bouger : cocoona baby, transat, siège coque de type cosy (ok pour les déplacements en voiture, mais éviter de laisser bébé faire sa sieste dedans).
  • Favoriser le portage du nourrisson dans les bras ou en écharpe tourné vers le parent (meilleur dispositif de prévention des plagiocéphalies), en respectant le dégagement permanent des voies aériennes et l’enroulement du bassin.
  • Dans la gestuelle du quotidien, il est recommandé de favoriser l’enroulement des ceintures (bassin, épaules), en évitant de porter sous les bras.

Lorsque bébé dort la nuit:

  • Les recommandations de couchage sur le dos restent d’actualité, dans un lit adapté, à plat, sans tour de lit, réducteur, oreiller, peluche, ou couverture. Contrairement à ce qui est suggéré par les fabricants, tous les dispositifs de contention (cale-tête et coussin anti-tête plate) favorisent la survenue d’une déformation crânienne positionnelle en limitant la motricité spontanée des nourrissons, et augmentent le risque de mort inattendue du nourrisson par enfouissement/étouffement. Vous pouvez en revanche incliner le plan du matelas en plaçant une cale sous celui-ci (de cette manière, la surface reste plate mais la gravité permettra de faciliter la rotation cervicale du côté souhaité). Histoire de vous rassurer sur ce point, sachez que l’allaitement maternel et le cododo (bébé dans la même chambre que les parents) contribuent à prévenir de la mort subite du nourrisson, donc si par malchance votre enfant ne s’endort que sur le ventre et est inconfortable sur le dos, il sera important de respecter ces 2 points et s’assurer de la bonne mobilité cervicale de votre bébé pour qu’il soit en mesure de se dégager d’un enfouissement.
  • Alterner régulièrement l’orientation du bébé vers la tête ou le pied du lit, afin d’encourager la rotation spontanée de sa tête d’un côté à l’autre.
  • Si présence de mobile, placez-le plutôt au niveau des pieds et pas au dessus de la tête, de manière à limiter l’extension cervicale qui a tendance à verrouiller le bébé dans sa position de confort.

Au quotidien, les parents sont donc les principaux acteurs de la prévention de cette déformation. Bien plus encore que les traitements manuels, ce sont surtout toutes ces précautions là qui vont jouer sur l’apparition ou l’aggravation d’un aplatissement de tête. Et il sera bien plus efficace de les appliquer d’emblée plutôt qu’après apparition de la déformation.

Cependant, si vous lisez ces lignes, c’est peut-être parce que la déformation a déjà fait son apparition. Avant toute chose: déculpabilisez! De nombreux facteurs entrent en jeu sur l’apparition des déformations crâniennes, et pas uniquement le couchage sur le dos: prématurité, grossesse gémellaire, extraction avec instruments, torticolis à la naissance, bébé lourd, etc. L’important n’est pas de savoir pourquoi c’est apparu, mais sur quels facteurs vous pouvez jouer au quotidien pour contrebalancer les autres paramètres.

Bien que la plagiocéphalie soit bénigne, et que les études ne montrent pas d’impact sur le développement cognitif (votre enfant pourra faire de grandes études!), il est important de ne pas trop laisser trainer une plagiocéphalie débutante. On sait à présent que cela a un impact sur le développement moteur de l’enfant (induit une asymétrie des chaines musculaires et du poids de la tête ce qui rend plus difficile le maintient du regard à l’horizontal et limite les déplacements sur le ventre (ramping/4 pattes). Par ailleurs, on constate un plus grand risque de troubles occlusaux et de nécessité de traitements orthodontiques sur les années qui suivent, ainsi qu’une association fréquente à des phénomènes scoliotiques. Ce n’est donc pas uniquement esthétique!

Durant de nombreuses années, les pédiatres (qui n’avaient pas de formation spécifique dans ce domaine) avaient tendance à rassurer les parents sur le fait que la tête allait s’arrondir toute seule. On sait aujourd’hui que ce n’est pas vrai: bien qu’il n’y ait pas forcément besoin de thérapie manuelle, ce sont les mesures de repositionnement intensif qui minimisent la déformation. En revanche, si sur une petite plagio ça peut effectivement suffire, les plagiocéphalies modérées à sévères nécessitent une prise en charge à part entière. Heureusement, le discours commence à changer et les pédiatres sont de plus en plus informés, invitant les parents à une prise en charge précoce.

En effet, les capacités de déformation du crâne sont essentiellement présents sur les 6 premiers mois de vie. Plus le crâne grandi, moins il a de chances de récupération. C’est pourquoi les maternités préconisent de plus en plus un contrôle systématique dans les 2 premiers mois de vie.

Par ailleurs, sachez que les aplatissements n’apparaissent pas immédiatement. C’est souvent autour de 6 à 8 semaines de vie que la déformation commencera à être visible.

La bonne nouvelle étant que la plagiocéphalie positionnelle répond bien aux repositionnements intensifs et à la thérapie manuelle. Il est d’ailleurs vivement recommandé d’adresser les enfants présentant un torticolis postural ou musculaire vers un kinésithérapeute et un ostéopathe à orientation pédiatrique. Plus le suivi est précoce, plus les chances de normalisation sont importantes. Le praticiens prendra alors des mesures (avec un craniomètre ou un appareil infra-rouge) pour s’assurer de la progression du traitement. Certains critères peuvent cependant limiter la récupération: oreilles très asymétrique, bombement du front du côté de la déformation, asymétrie de la face, torticolis associé, petite fontanelle.

Passé 6 mois, la thérapie manuelle seule (kiné ou ostéo) ne suffira plus à récupérer la rondeur du crâne de l’enfant. Lorsque le trio conseils / ostéo / kiné atteint ses limites du fait de la sévérité de la déformation ou de l’âge de l’enfant, une orthèse crânienne peut être envisagée.

 

Cet article a pour but de reprendre les points essentiels à connaître en tant que parent sur les déformations crâniennes. Il ne dispense en aucun cas de consultations de suivi avec votre kinésithérapeute et votre ostéopathe.