Empouvoirement ou l’art de bien vivre grossesse et accouchement

« Si la femme qui accouche ne ressemble pas à une Déesse, c’est que quelqu’un dans la pièce ne la traite pas correctement »

– Ina May Gaskin

Dans une société qui a plus vite fait de mettre en avant les risques et qui ne valorise pas toujours suffisamment l’humain, je tenais à attirer votre attention sur un fait important : Etre enceinte n’est pas une maladie. C’est un processus à accompagner, une expérience à vivre.

Entendons-nous bien : je ne fustige pas les progrès de la science, et ne vous encourage pas spécialement à accoucher sans péridurale dans la forêt comme une louve sauvage (sauf si c’est votre choix). Simplement, l’approche médicale de la grossesse et de l’accouchement en France a une fâcheuse tendance à se focaliser uniquement sur les risques et symptômes. Cela amène à faire penser à la femme enceinte qu’elle est incapable de mener son accouchement. Je vous invite plutôt à opter pour une approche centrée sur la femme : Vous êtes compétentes et votre corps sait ce qu’il a à faire. C’est vous qui accouchez, et non le professionnel de santé qui vous accouche. Les femmes accouchent depuis la nuit des temps et ce n’est pas parce que nous sommes au 21eme siècle que cela change en quoi que ce soit les ressources que nous possédons. Connaître la physiologie est un plus qui aide à être parée à toute éventualité tout en gardant confiance en ses capacités.

Vous ne savez pas que vous savez déjà

Contrairement à ce qu’une majorité de gens croient, enfanter n’est pas nécessairement violent, douloureux et dangereux. Cette idée est si répandue que beaucoup de femmes finissent par croire qu’on doit s’en remettre entièrement au médecin pour se débarrasser de ce moment le plus vite possible.

En réalité, il s’agit d’un processus physiologique inné, une compétence intrinsèque. Et même si bon nombre d’entre vous doutent de la capacité de leur corps à expulser quelque chose d’aussi gros qu’une tête de bébé par un orifice si petit (oui oui je l’entends aussi cette petite voix dans votre tête), la nature est bien faite et jusqu’à preuve du contraire, vous en êtes capable. Quand je dis « vous », je ne parle pas de votre mental, mais de votre corps. Et même si vous ne savez pas encore comment, votre corps, lui, SAIT. De la même manière qu’il sait instinctivement comment bâiller, éternuer, vomir, uriner, déféquer, péter ou jouir. Je vous assure, vous seriez étonnées des capacités de votre corps. Car contrairement à la croyance populaire, il est très rare que les caractéristiques physiques d’une femme interfèrent avec sa capacité à accoucher. Pour découvrir une présentation détaillées des études centrées sur la pertinence de la pelvimétrie (mesure des dimensions pelviennes pour savoir si l’on est capable d’accoucher), je vous renvoie vers ce site.

Alors si votre gynéco estime que votre bassin est trop étroit pour un accouchement par voie basse, prenez un deuxième avis.

Si vous voulez encore plus de détails sordides qui expliquent comment est-il humainement possible d’expulser une tête de la taille d’une boule bowling, direction le prochain paragraphe. Sinon, vous pouvez passer directement au chapitre suivant.

Un accouchement, c’est beau, mais c’est parfois berk

  •  La tête du bébé a des capacités de déformation qui lui permettent de s’adapter temporairement aux dimensions du bassin maternel et faciliter la traversée (c’est la raison pour laquelle leur crâne aura une forme allongée -parfois de manière impressionnante- sur les premiers jours de vie).
  • Accoucher s’accompagne fréquemment d’une envie irrépressible de pousser lors des dernières contractions. Il s’agit d’un réflexe mécanique dû à la tête du bébé qui appuie sur les releveurs de l’anus. Il est donc tout à fait normal de déféquer pendant l’accouchement. Pas de panique, personne ne va s’offusquer ou s’indigner. Le personnel médical est habitué et prendra en charge ce petit incident sans même que vous vous en rendiez compte. Tâcher de ne pas vous focaliser là-dessus ou d’essayer de réprimer ce besoin, car cela pourrait freiner la force de poussée et la rendre moins efficace. En fait, l’envie de pousser –lorsqu’elle est présente- est tellement puissante qu’elle peut même déclencher un réflexe vomitif. Que ce soit en début de travail ou lors de l’engagement du bébé dans le bassin, le vomissement et la nausée qui l’accompagne sont bon signe puisqu’ils traduisent des contractions efficaces, aident la progression du travail, et peuvent même contribuer à soulager la pression des contractions.
  •  Le réflexe expulsif ne dépend pas de votre force physique ou mentale. Il est présent dans le coma, sous anesthésie générale, chez les tétraplégiques, et même en post-mortem. La péridurale n’empêche donc pas ce réflexe. C’est pourquoi certains professionnels (comme Bernadette De Gasquet) remettent même en question l’intérêt de «pousser » lorsque l’envie ne se présente pas.

En fait, le plus difficile est de se déconditionner de l’idée qu’on accouche forcément dans la souffrance…

Accoucher sans souffrir, c’est possible

La peur de la douleur (ou des complications) est sûrement le plus grand frein à l’accouchement physiologique.

D’une femme à l’autre, l’expérience subjective pourra être bien différente, et ce pour un même déroulé. Bien que le contexte socio-culturel détermine en partie la perception douloureuse de l’accouchement, certaines femmes, indépendamment de leur culture, connaissent un travail non douloureux. Les femmes de culture traditionnelle ont généralement plus de facilité à accoucher que celles qui ont une connexion plus ténue avec leur corps.

Personne ne remet en question le fait que l’accouchement est une expérience douloureuse pour beaucoup de femmes. Néanmoins les sensations associées au travail et à l’expulsion peuvent être rendues tolérables par de nombreux aspects. Déjà, il faut savoir que douleur n’est pas synonyme de souffrance. Les sensations sont très différentes de celles ressenties en cas de blessure. Nous ne vivons pas de la même manière un clou planté dans le pied selon que celui-ci survient pendant qu’on traverse notre salon ou que l’on court dans la jungle pour fuir un tigre. De même, vous ne vivrez pas de la même manière une blessure non souhaitée, brutale et soudaine, et un accouchement que vous aurez eu le temps d’appréhender durant 9 mois, dont l’intensité des contractions est très lentement progressive, et qui traduisent la très proche arrivée de l’enfant que vous allez bientôt rencontrer.

Si vous avez peur de ne pas réussir à surmonter les pics douloureux, dites-vous qu’une contraction, même au stade ultime d’intensité, dure environ 1 minute. Qu’elle a un début, un point culminant et une fin. Un peu comme une vague qui monte doucement puis se retire. Que vous décidiez d’accoucher avec ou sans péridurale, que vous traversiez ou non une phase de désespérance (vous savez, le fameux moment où l’on se dit qu’on n’y arrivera jamais et qu’on veut retourner chez nous pour se cacher), il s’agit d’un processus normal et de courte durée, pour lequel vous méritez d’être accompagnée et encouragée. Après cela, il y a une pause, sans aucune information douloureuse. Les pauses entre deux contractions permettent de récupérer. Savourez-en chaque seconde. Appréciez-les. Profitez de la pause pour recharger les batteries, dormir (oui, ça arrive !), souffler, embrasser votre partenaire, rire ou même chantonner. Tenir 60 secondes, même avec une douleur intense, est faisable. Restez focalisée sur ce que vous traversez dans l’instant, sans anticiper les contractions suivantes. Une contraction à la fois. Une vague après l’autre, en gardant en tête que chacune d’elle aide à la progression de votre bébé et vous rapproche toujours un peu plus de votre rencontre avec lui.

Et si toutes les femmes sont plutôt bien préparées à l’idée que le travail puisse être douloureux, elles sont moins au fait que celui-ci peut également être extatique  – voire orgasmique.

Certaines mères témoignent en effet d’une euphorie présentant des similarités avec le plaisir sexuel. Il n’est pas question ici de vous offrir de faux espoirs, mais cette réalité trop méconnue permet de mettre la douleur en perspective. Après tout, le fonctionnement hormonal et les contractions d’accouchement s’apparentent au mécanisme physiologique de celles générées lors d’un orgasme…. Je vous renvoie à l’excellent bande-dessinée de Lucile GOMEZ (« La Naissance en BD ») qui fait une analogie très pertinente entre les conditions idéales pour un accouchement et celles pour un rapport sexuel.

Si l’extase reste rare et que le sujet est tabou, il peut être pertinent de chercher à le créer. « Contre la douleur, la meilleure chose à faire est de se faire du bien » ! Les caresses, massages et même (pourquoi pas ?) stimulations des mamelons ou clitoridiennes peuvent permettre de recruter un maximum de terminaison nerveuses spécifiques du plaisir pour renforcer la production d’hormones du bien-être et aider le corps à assimiler les informations de contractions utérines comme autant de sensations positives. Il ne s’agit pas d’être dans un esprit d’excitation sexuelle, mais de voir l’auto-stimulation comme outil visant à apaiser le corps. Pour en connaître plus sur les naissances orgasmiques, c’est par ici.

L’accouchement offre ainsi un éventail de sensations plus large et plus nuancé que nos croyances culturelles l’admettent : c’est un moment de grande intensité qui peut inclure de l’appréhension, de la douleur, mais aussi de la joie, de l’amour, des cris, des chants, du silence, des caresses, des pleurs, des nausées, des moments d’extase, de la fatigue physique, de la désespérance… bref un moment de vie incomparable qui ne peut être réduit à la peur de la souffrance.

Le corps et l’esprit : une connexion puissante

Le conditionnement mental à avoir peur/mal et les émotions négatives entravent bien plus qu’on ne le pense la capacité à accoucher. Car si la tête a peur, le corps aussi. Cela induit une sécrétion d’adrénaline qui inhibe la production d’ocytocine (hormone du bien-être et des contractions efficaces) et ralenti le travail. Une ambiance défavorable, des gestes médicaux inconfortables/intempestifs ou la contrariété d’une présence indésirable peut entraver le travail. C’est la raison pour laquelle les contractions de bon nombre de femmes s’arrêtent lorsqu’elles arrivent à l’hôpital.

De même, la stimulation de l’intellect (néocortex) peut également interférer avec le processus d’accouchement en inhibant la libération des bonnes hormones. C’est ce qui se produit lorsqu’on vous pose tout un tas de questions incessantes, qu’on vous crie des ordres, ou que vous vous mettez à compter/chronométrer vos contractions pour calculer si la dilatation se fait suffisamment rapidement. Notez par ailleurs que le travail se fait en dents de scie, et qu’il n’est pas de toutes façons pas très utile d’essayer d’évaluer vous-même si la progression se fait bien. Mesdames les futures mères, soyez dans le ressenti, pas dans la réflexion. Laissez-vous guider et emporter par vos sensations.

Mais alors comment faire pour savoir si c’est le bon moment de partir à l’hôpital ? L’indice le plus sûr est l’intériorisation maternelle : lorsque la future mère se concentre sur ce qu’il se passe dans son corps en se coupant totalement de ce qui est autour d’elle, pour accueillir la contraction. La solliciter, lui parler, lui poser des questions, c’est l’empêcher de se mettre dans sa bulle.

Pour ces raisons, un accompagnement par quelqu’un de confiance, de l’empathie et de la réassurance ne sont pas seulement synonyme d’une expérience agréable, mais sont également le meilleur moyen de minimiser les interventions médicales.

Conditions idéales d’accouchement

Comme déjà évoqué au paragraphe précédent, le paramètre le plus important à mes yeux est la sécurité affective, pour se sentir en confiance (contact physique, caresses, câlins, mots doux, rires, paroles rassurantes, et limiter au contraire les intrusions intempestives d’inconnus, les gestes inappropriés ou douloureux, les paroles blessantes), qui permet la sécrétion de tout le cocktail hormonal optimal. Pour favoriser encore un peu plus l’intimité, vous pouvez jouer sur l’ambiance du lieu d’accouchement : température agréable, éclairage tamisé, musique que vous aimez, bougie parfumée, coussins partout, etc.  L’important n’est pas tant la possibilité ou non de mettre de l’encens dans la pièce, mais de se sentir à l’aise, avec une atmosphère qui vous ressemble, comme si vous étiez dans votre petit cocoon douillet.

Cela peut paraître simpliste, mais pour se sentir bien, veillez à respecter vos besoins vitaux : il est important de n’avoir ni faim, ni soif, ni froid. Boire et manger fait donc parti du prérequis, afin d’être en pleine possession de ses capacités. Vous vous interrogez peut-être sur la contradiction évidente avec la diète imposée en milieu hospitalier dès l’admission dans le service d’obstétrique. Les raisons de cette restriction sont davantage historiques que scientifiques, et trouvent leur origine dans la crainte qu’en cas de césarienne sous anesthésie générale (alors même que la grande majorité des césariennes s’effectuent maintenant sous péridurale), la femme puisse vomir et s’étouffer. Pourtant, on n’aurait pas idée de prendre sa voiture à jeun par risque d’avoir un accident de la route et de se retrouver dans la même situation.

Du mouvement : Les contractions permettent l’effacement progressif du col. Néanmoins, ce n’est pas tant la force de celles-ci qui détermine l’avancée du travail mais plutôt l’orientation de la force de poussée. Lorsque le fœtus ne descend pas, c’est bien souvent que le bébé n’est pas tout à fait bien orienté vers le col (ce qui explique que certaines contractions soient inefficaces). C’est pourquoi il est important de garder une certaine liberté de mouvement durant toute la phase de pré-travail, afin de laisser autant d’opportunités au bébé pour trouver le positionnement le plus favorable à la dilatation du col et à sa descente dans le bassin.

Que ce soit en vous déplaçant, en vous berçant sur un ballon, agenouillée, accroupie, à 4 pattes, ou même en dansant, si votre mouvement n’est pas entravé par une perfusion intraveineuse, le monitoring fœtal ou la péridurale, il vous sera plus facile d’adopter les positions qui vous conviennent. Vous pourrez également utiliser certains supports de suspension (tissu, corde, mobilier ou même votre accompagnant) pour vous étirer, augmenter encore un peu plus les dimensions pelviennes et renforcer l’efficacité des contractions.

Sachez toutefois que ces mesures ne seront plus possibles une fois la péridurale posée (à moins que vous n’accouchiez dans une structure qui permet la péridurale dite ambulatoire, mais c’est très rarement possible). D’où l’intérêt de la poser le plus tard possible, de choisir une structure avec laquelle vous vous sentez en confiance et qui vous permette de respecter vos besoins. Si vous parvenez à tenir ne serait-ce que quelques centimètres de dilatation c’est déjà super et vous aurez grandement facilité la descente de votre bébé !

Accoucher à l’hôpital : nécessité ?

A ce stade, vous commencez sans doute à entrevoir pourquoi certaines femmes décident de s’éloigner des structures hospitalières. Le choix du lieu de naissance et les méthodes employées varient selon les régions du monde, les cultures, les traditions, mais aussi et surtout selon les possibilités idéologico-techniques des systèmes de soins de santé.

– Au Brésil, la grande majorité des accouchements se fait sous césarienne, la naissance par voie basse étant jugée primitive.
– Aux Pays bas, 1 accouchement sur 3 se fait à domicile, les autres ont lieu dans des maisons de naissance qui ressemblent plus à des hôtels qu’à des structures de soin.
– En Angleterre, la péridurale n’est que rarement pratiquée car trop coûteuse ; tandis qu’au Japon, elle n’est carrément pas permise.
– En Belgique, les accouchements ont lieu majoritairement à l’hôpital, mais sous l’influence des courants « nature », et l’éclosion récente de maisons de naissance laisse plus de place aux suivis moins médicalisés.
– En France, faire le choix d’accoucher à domicile ou dans une maison de naissance est rare, que ce soit grâce à un accès aux soins hospitaliers (et à la péridurale) peu coûteux, ou par pénurie de structures ou de thérapeutes qui y sont formés.
Ce qui est plus embêtant, c’est quand ce choix est effectué en raison de l’idée largement répandue selon laquelle il serait dangereux d’accoucher en dehors d’une structure hospitalière (certains gynécologues poussant même les femmes à s’inscrire en maternité de niveau 3 quel que soit le profil de grossesse).

En réalité, les études démontrent que non seulement les taux de morbidité et de mortalité à la naissance ne sont pas plus élevés lors d’un accouchement en dehors de l’hôpital, mais qu’en plus les gestes médicaux non indispensables sont démultipliés en milieu hospitalier, et qu’ils accroissent les risques de complications. Quelques liens qui vont dans ce sens :
https://www.cairn.info/revue-devenir-2015-1-page-53.htm
https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/focus/20210524-accoucher-ailleurs-qu-%C3%A0-l-h%C3%B4pital-en-france-les-alternatives-se-d%C3%A9veloppent
https://www.cmaj.ca/content/cmaj/early/2015/12/22/cmaj.150564.full.pdf

On trouve néanmoins de nombreux témoignages de femmes (et vous en connaissez surement, voire même vous êtes déjà concernée) qui attestent que la prise en charge hospitalière leur a sauvé la vie.
Et en un sens, c’est vrai. En cas d’hémorragie par exemple, l’équipe présente saura parfaitement gérer la situation. Sauf que les hémorragies sont souvent causées par un déclenchement artificiel des contractions, ou après révision utérine (lorsque l’on vient chercher le placenta avec les mains en tirant sur le cordon pour le faire sortir plus rapidement).

Sources :
INSERM, « Mortalité maternelle : diminution de la mortalité par hémorragie », novembre 2013 ; M. Philibert, F. Boisbras, M-H. Bouvier-Colle, « Épidémiologie de la mortalité maternelle en France, de 1996 à 2002 : fréquence, facteurs et causes », Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, n°50, 2006, p. 392-395.
Jérémie Belghiti, Gilles Kayem, Corinne Dupon, René-Charles Rudigoz, Marie-Hélène Bouvier-Colle, Catherine Deneux-Tharaux, «Oxytocin during labour and risk of severe postpartum haemorrhage: a population-based, cohort-nested case-control study», BMJ Open, Reproductive medecine, obstretrics and gynaecology, 21 décembre 2011.

Pour les femmes qui ont encore peur des risques de complications en dehors d’un milieu hospitalier, je vous invite à en lire d’avantage à propos du mythe de l’accouchement qui dérape en quelques secondes sur l’excellent blog de Marie-Hélène LAHAYE.

Attention : mon but n’est pas ici de vous convaincre d’accoucher à domicile ou de vous éloigner des structures hospitalières, mais plutôt de mettre le doigt sur les gestes qu’on considère comme normaux/anodins et qui ne sont en réalité pas des obligations pour un accouchement sécurisé.
La facilité des routines pour le personnel soignant et l’idée que tout le monde doit être soigné de façon identique ne devrait pas être des critères pour optimiser votre accouchement. Il est nécessaire d’abandonner les pratiques systématiques pour ne garder que celles qui sont scientifiquement justifiées.

Voici comment je vois les choses. Vous avez 2 options :

– être bien préparée, savoir comment favoriser le travail, apprendre d’autres façons d’accueillir les contractions pour faire progresser le bébé, trouver l’accompagnement qui nous correspond parmi les différentes options qui existent (hôpital, clinique, maison de naissance, sage-femme libérale, salle nature, accompagnement global, plateau technique, doula, AAD, etc), être mis dans les meilleures conditions pour pouvoir se passer de péri (sécurité affective, soutien émotionnel), puis y avoir recours si nécessaire.
OU
– Etre mal informée (suivi médical imposé avec des examens anxiogènes sans mention de leur caractère optionnel), remise en cause de vos choix, interventions inutiles et intempestives, mis dans des conditions qui perturbent la physiologie et provoque des souffrances (empêchée de boire et de manger, allongée sur le dos, branchée à un monito avec une perfusion et un tensiomètre), puis se voir proposer une péri, et laisser à la mère la sensation qu’elle n’aurait jamais pu donner naissance sans l’aide de la médecine.

Cette description peut paraître caricaturale, pourtant elle n’est pas bien éloignée de la réalité de terrain. Quoi qu’il en soi, vous devez vous sentir libre de prendre la décision qui vous convient et, surtout, vous devez vous donner le droit de changer d’idée en cours de travail.

Concrètement, on fait comment pour s’approprier son accouchement ?

  • Elaborez un projet de naissance

Il est utile de réfléchir avec votre partenaire aux divers choix qui s’offrent à vous durant le travail et l’accouchement. Le plan de naissance aide l’équipe médicale à mieux vous connaître et à savoir quels sont vos préférences et vos souhaits. Par exemple : souhaitez-vous une péridurale dès que possible, ou bien préférez-vous attendre un maximum pour pouvoir bouger le plus longtemps possible tout en étant soulagée sur les contractions les plus intenses, ou bien encore pas de péridurale du tout ? Souhaitez-vous allaiter ? Ou bien vous n’êtes pas encore fixée et attendez de voir le jour J ? Le papa aimerait-il couper le cordon ? Ou bien l’idée de voir une goutte de sang le fait suer ? Toutes ces décisions vous appartiennent et doivent être respectées, mais l’équipe ne pourra pas les deviner si vous ne les énoncez pas. Il permet également de te renseigner sur les équipements disponibles sur place (baignoire ? ballons de grossesse ?), d’éviter les attentes irréalistes, de minimiser les déceptions et d’éliminer les conflits et les problèmes de communication entre les futurs parents et le corps médical.

Pour être respecté, il doit d’abord avoir été consulté par l’équipe présente le jour de l’accouchement. Il doit donc être construit pour être rapidement lu. Amenez-le avec vous le jour J. Il peut également être intéressant de le montrer en amont et d’en discuter lors des entretiens pré-nataux effectués à l’hopital (ou même mieux : être rédigé avec l’aide de votre sage-femme lors d’un entretien dédié). En fonction de votre lieu d’accouchement, voyez les points sur lesquels l’équipe est un peu plus souple et ceux sur lesquels vous allez devoir tenir bon. Evidemment, le projet doit être flexible puisque le déroulement d’un accouchement reste imprévisible.

Quelques points en vrac sur lesquels il est possible de jouer :

  •  Ambiance : luminosité, bougies, musique d’ambiance, miroir pour ne rien rater, etc (évidemment il vous faudra ramener votre propre matériel et playlist !)
  • Monitoring fœtale : dans plusieurs structures, une auscultation intermittente du rythme cardiaque est possible et tout aussi sécuritaire. Cela peut-être intéressant pour les mamans qui souhaitent repousser la péridurale au maximum afin de rester libre de leurs mouvements.
  • Premiers soins sur le bébé : timming du clampage, du premier bain, que faire du placenta, beaucoup de choses sont flexibles. Généralement, le bébé est placé en peau à peau même si cela n’est pas demandé en amont. Il est en revanche possible qu’on vous le laisse plus longtemps sans intervenir (2-3h pour faciliter le « breastcrowling » à votre demande en reportant à plus tard les premiers soins), ou bien qu’une sage-femme vous guide pour proposer une tétée d’accueil (valable également pour les mamans qui ne désirent pas allaiter). En fonction des parents, il peut être inconvenant que quelqu’un s’interpose dans vos premiers échanges, ou bien au contraire qu’on vous laisse livré à vous-même sur ces premières heures. De la même manière, il peut être mal vécu qu’on vous propose un biberon si vous souhaitez être accompagné pour un allaitement maternel. A vous d’évoquer ce qui vous correspond.

Quelques exemples concrets de projets de naisance ici et ici.

  • Faites une bonne préparation en amont

Il existe de multiples possibilités de préparation à l’accouchement, selon votre sensibilité et ce qui vous attire : cours de préparation classique ou préparation à un accouchement physiologique, haptonomie, chant prénatal, acuponcture, hypnose, auto-hypnose ou hypnonaissance, yoga prénatal, méthode De Gasquet, sophrologie, massages, réflexologie, méthode Bonapace, méthode Leboyer, Lamaze, Rebozo, préparation en piscine, musico-thérapie, etc.

Je ne crois pas qu’il y en ait une meilleure que l’autre, du moment qu’elle vous plaît, vous rassure et vous permet de vous recentrer sur vous et être pleinement consciente des sensations dans votre corps sans les subir ou en souffrir.

Même si vous avez prévu d’accoucher à l’hôpital, vous pouvez mettre en place un certain nombre de choses pour favoriser un accouchement physiologique.

  • Briefez votre partenaire

Utilisez votre accompagnant pour faire valoir vos droits et vos souhaits. Vous ne serez pas en position de négocier quoi que ce soit avec des contractions toutes les 3 minutes. C’est le rôle de votre partenaire de monter au front si besoin et de dire que “non, vous ne voulez pas la péri”, “non, le monito n’a pas besoin d’être posé en continu”, “non, vous n’avez pas envie d’être clouée sur un lit pendant le travail” et “oui, vous avez le droit de crier et de chanter faux”.

Vous pourriez également lire des récits de naissances positives, qui permettent de révéler l’existence de possibilités dont nous n’aurions pas conscience autrement. Attention toutefois : cela ne doit pas restreindre votre capacité d’adaptation lorsque votre propre histoire d’accouchement ne se déroule pas de manière idyllique.

Et quand ça ne se passe pas comme prévu ?

La naissance respectée ne concerne pas que les accouchements voies basses et OUI vous pourriez très bien élaborer un projet de naissance en cas de césarienne.
Si bébé et maman vont bien, il serait tout à fait envisageable de proposer les choses suivantes:
– Demander à la maman de pousser pour faire naître son enfant
– Clamper le cordon tardivement
– Poser le bébé sur la maman afin qu’ils échangent leur premiers regards avant d’aller en salle de réveil,
– partenaire qui reste dans la pièce,
– Proposer une tétée d’accueil si bébé manifeste l’envie d’aller au sein
– etc

Et si c’est la césarienne se fait dans l’urgence, c’est ok aussi. Vous n’en êtes pas moins mère et vous avez fait tout votre possible et ce qui était de votre ressort. Ne croyez jamais que vous avez échoué en ayant eu une césarienne. Ne vous sentez jamais coupable. Il y a des césariennes nécessaires, des césariennes qui sauvent des vies. Vous êtes une femme et une mère, quelle que soit la façon dont vous avez accouché. Vous êtes parfaite, avec ou sans cicatrice. Parfois, la nature a besoin d’aide, et nous avons de la chance de l’avoir. Admirez la grandeur de votre corps, admirez ce que vous avez fait.